Ouf! Quelles journées vidantes ce fut!
Lorsque je sens les élèves trop fébriles, je dose en étant plus réservée, plus encadrante et plus calme. Je fais moins de blagues, je parle moins et j'agis davantage. Je demande le rang en silence et ça parle? Je dis simplement : «on retourne s'asseoir à sa place. »
Tantôt, alors qu'une seule élève écoutait ma consigne, j'ai finalement dit : «bon, là, si vous n'êtes pas intéressés, je ne le suis pas non plus. Je vais prendre ma pile de corrections et vous vous débrouillerez dans votre travail.» Je ne criais pas, je n'étais pas émotive (je jubilais même presqu'à l'idée de ne plus courir partout à les aider et à juste m'asseoir et corriger). J'avais de petits yeux désolés, ils ne sont pas méchants et aiment leur enseignante.
Le reste de la période a été un charme. Plus tard, un élève a réagi très émotivement à une situation en pleurant et tout le monde était croche, moi j'étais tannée. Seigneur que les journées ne sont pas reposantes!
J'ai remarqué que deux de mes filles réagissent aussi fortement dans de tels moments. Une me fait des dessins, cherche à me rendre service constamment et m'a même laissé un mot surprise sur mon bureau : «si tu as besoin de quelque chose, fais-moi signe».
Je sens vraiment qu'il y a quelque chose qui ne va pas bien chez elle. Elle veut trop toujours tout réparer. Si je la chicane, le lendemain, elle veut me donner un cadeau, elle me fait un dessin. Elle a besoin que je la rassure, constamment.
Mon autre cocotte elle, je sais que se vie est difficile. Elle me répète souvent qu'elle aimerait rester la fin de semaine dans la classe. Elle me colle beaucoup, tous les jours et lorsque je me fâche, dès qu'elle en a l'occasion, elle vient me voir, me parler, me coller.
Les enfants se sentent souvent coupables, j'ai remarqué. Les plus à leur affaire essaient souvent de compenser pour les plus dérangeants.
Je trouve ça triste un peu. Pas vous?
6 commentaires:
Une sorte d'harmonie rassurante que les plus calmes ou les plus craintifs sentent le besoin de recréer. Très animal. Quand il y avait de la violence dans ma vie, j'étais dans le groupe des plus craintifs, à tout réparer.
L'énergie : rien ne se perd, rien ne se crée, dit-on!
Quand je suis nerveuse, mes chats absorbent, mais ils se rendent entre eux l'énergie négative qu'ils ressentent souvent bien avant que moi j'en prenne conscience dès qu'ils le peuvent, surtout qu'ils n'oseraient pas avec moi, l'élément clef.
Tiens, c'est à se demander si la globalité du monde fonctionne comme ta classe, non? Me semble que la culture traditionnelle québécoise entretient beaucoup la réparation et le cadeau face à tout ce qu'elle devrait craindre et aux moments où il serait important d'imposer des valeurs qu'elle n'ose pas non plus discuter à fond.
Ouais, ben tu sais quoi? Ton billet, il dépasse de beaucoup ta salle de classe. Comme tu es précieuse pour ces enfants-là. C'est sans doute à l'école qu'ils peuvent trouver une certaine harmonie, avec toi.
Zed et son portable kapout ¦)
Je crois que ta première gamine doit avoir un milieu familial plutôt remuant, disons.
Ouf, c'est quelque chose! Ça n'a pas l'air facile. Une classe dans cet état, c'est vraiment énergivore. Prenez le temps de vous reposer et de décrocher... Ça vous fera autant de bien qu'à eux.
Zed : C'est sûrement un réflexe de survie.
Je ne remarque pas ça avec mes chats qui pourtant eux aussi sont de vrais colleux. Je vais porter attention.
Je suis assez d'accord avec ton commentaire sur la culture d'ici. Cette fichue peur de déranger, de trop demander, c'est très québécois. C'est d'ailleurs le commentaire parfois de ma mère qui oublie qu'elle a grandi ici lorsqu'elle rappelle ses origines d'immigrée et dit :« Vous autres, les québécois..» (qu'elle ne dit pas à moi qui le suis quand même d'origine à 50%)
Mes élèves en difficulté ont vraiment développé souvent une hypersensibilité. L'école n'est pas source de facilité et de sécurité et ce besoin de se faire rassurer et aimer pour qui ils sont est souvent immense.
Prof masqué : Oui, je pense bien. En apparence, les devoirs sont faits, les feuilles signées, la petite est propre, habillée décemment... Mais bon, je sens oui que ça remue beaucoup. En même temps, je suis rassurée lorsque je la vois sortir son gros caractère.
Lud : Ah tu sais, au primaire il y a de ces semaines! Les élèves sont encore très attachés aux adultes (au secondaire aussi, mais différemment).
Sinon, je décroche, n'aie crainte. J'ai de la lecture qui m'attend, dont la sérieuse revue Loulou pour soulager ma fibre de consommatrice, l'enveloppant Coup De Pouce et aussi, ma Presse immense du samedi.
Sans compter le nouveau livre de Matthieu Simard : La tendresse attendra.
Mmm... Chats chez moi et agace-neurones pour toi et moi. Je reviendrai effacer ceci.
:D
Pas besoin d'effacer!! Tu sais bien que j'attends ce billet, je vais aller voir!!
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