25 novembre 2011

insécurité

Ayant une rencontre, je m'absente du boulot un matin et je reviens en classe l'après-midi. Une élève vient me voir, visiblement bouleversée.

- Je dois te parler, me dit-elle
- Oui, je t'écoute.
- La suppléante a écrit mon nom sur ta feuille parce que j'ai pas été gentille.
- Ah, qu'as-tu fait?
- J'étais pas sérieuse et je niaisais un peu.
- Bon, ok.
- Tu n'es pas fâchée?
- Fâchée? Non. J'espère juste que tu seras plus à ton affaire la prochaine fois que je serai absente mais je ne suis pas fâchée.
- Tu n'es pas fâchée après moi?
- Non.


Fiou! Quand je vous dis qu'elle me chicote cette enfant! S'en est suivi une discussion où je lui disais que peut-être dans l'année, j'allais me fâcher, que c'était possible. Je la questionnais : à ton avis, si je me fâche, est-ce la fin du monde? (elle trouvait que oui). Pourquoi? (ne savait quoi répondre). Penses-tu que si je suis fâchée je vais t'aimer moins? (bang, touché!) Après quoi je lui ai demandé si elle m'avait vu chicaner d'autres élèves de la classe. Sa réponse était affirmative. Je lui ai même fait remarquer que certains, ne les nommons pas cocotte, mais certains sont chicanés plus régulièrement, n'est-ce pas? (oui mmeunautreprof). Ai-je l'air de moins les aimer? (Non!).
Donc même si je te chicane à tous les jours, je vais autant t'aimer cocotte, compris?

-Oui, merci mmeunautreprof.
Méga câlin, méga sourire de sa part.

Ouf!

6 commentaires:

Le professeur masqué a dit…

Parfois, c'est une façon de manipuler. Mais ici, je pencherais pour un milieu familial problématique, disons.

unautreprof a dit…

C'est d'elle dont je parlais dans un billet précédent. Tu avais commenté en me disant qu'elle devait avoir un milieu familial remuant.
C'est ce que je crois aussi.

Lud. a dit…

Insécurité, tu dis?! Pauvre cocotte! Tu as vraiment bien fait de la rassurer et de lui rappeler que ce n'est pas parce qu'il y a des conflits ou des déceptions, parfois qu'on n'apprécie plus quelqu'un de façon définitive. Je crois que c'était l'intervention qu'il lui fallait. As-tu remarqué des changements, depuis? Est-elle moins insécure?

Des histoires avec mes élèves me chicotent également, ces temps-ci.

Le professeur masqué a dit…

Autreprof: il faut se fier à nos instincts mais valider ceux-ci avec des faits sinon, comme enseignant, on risque de commettre des erreurs.

Ton histoire me rappelle celle d'une jeune. Appelons-la X. Un jour, je suis debout mais légèrement penché sur le pupitre d'un élève dont je regarde le travail. X est assise devant moi et est en train de gosser un voisin. Elle se tourne sur le côté pour le picosser quand je l'apostrophe par son prénom au même moment où j'entre dans son champ de vision. Sa réaction: elle recule sur sa chaise et met un bras devant son visage. Assez clair, non?

Je n'ai jamais su si elle était battue. Mais j'ai toujours gardé les antennes bien attentives et les portes ouvertes dans mes interventions à son égard.

unautreprof a dit…

Lud : Ah non, pas de changement, je n'y compte pas non plus. Tu vois, l'insécurité c'est quelque chose qui reste souvent longtemps et ce n'est pas une petite intervention qui va vraiment y changer de quoi, du moins, pas dans l'immédiat. Son stress qui est permanent parfois s'estompe et je la vois être plus confiante, mais il suffit d'un tout petit rien pour qu'elle redevienne nerveuse et insécure.

PM : On a des antennes, mais en même temps, comme tu dis, sans faits, on n'est jamais certains. Puis un milieu remuant (je te vole le terme!) c'est quand même fréquent dans ma classe. Pas que ce soit banal, mais ce n'est pas toujours si dramatique. Le prof devient alors plus doux et encadrant, sans pour autant oublier qu'il n'est pas et ne sera jamais le parent.

Air fou a dit…

Le droit à l'imperfection sans dommages profonds, irrémédiables, permanents. J'en veux.

Beau, beau récit.

Zed ¦)