C’est vraiment ce qu’il me semble être une grande part de mon travail. Me battre. Pour avoir un peu de budget pour le matériel scolaire. Pour que le concierge daigne nettoyer mon plancher. Pour que les moustiquaires trouées ne le soient plus. Pour qu’on cesse de nous inscrire à des formations bidons.
Lorsqu’on a des élèves dans le besoin, scolaire ou affectif, tout est compliqué, long et ardu pour avoir de l’aide réelle et souvent, on se bat et on n’a rien. Pas prioritaire, pas de services, que veux-tu que je fasse me fais-je répondre. Je suis injuste, des fois on me répond : ah oui, ok, merci, je regarde ça. Et puis le temps passe et on n’a pas de nouvelles… Et là, je dois retourner voir, réexpliquer. Nommer les dates et les observations.
Maintenant, je me fais une feuille d’avance avec les infos sur l’élève, avec la demande de service et je photocopie le tout. Je laisse une copie à la direction et j’en garde une. Ainsi, la fois d’après, lorsque je n’ai pas de nouvelles ou que je me fais dire que mon élève qui n’a souvent pas de lunch, qui a une hygiène plus que douteuse et qui est en détresse scolaire, eh bien qu’il n’est pas prioritaire, je ressors mes copies en indiquant : je vous en avais fait aussi des copies, vous vous rappelez?
Des fois, on me dit :« ok, alors ton élève qui parle de mort et qui est tellement stressée qu’elle mange son bureau peut donner sa place, c’est elle ou lui». Ben oui. En sacrifier une pour le bien de l’autre. Super.
Quand je dois faire un signalement, j’aime ne pas être seule dans le dossier. J’aime qu’une autre personne que moi ait tenté de rejoindre les parents. Tsé, un minimum. Faire un signalement c’est terrible et c’est en dernier recours. Je ne fais pas ça de mon salon tranquille le soir. Même le TS m’avoue ne pas dormir avant de faire ses signalements.
Alors je me bats. L’an dernier, avec la classe que j’avais, cet élève n’était pas prioritaire non plus, car lui, contrairement à certains autres, n’était ni violent pour lui, ni pour les élèves, ni pour les adultes. Et moi, je dois me battre aussi contre ma conscience et ma culpabilité, contre cette impression de l’avoir, moi aussi, laisser tomber l’an dernier.
13 commentaires:
Il est dommage de constater l'inaction de certaines directions d'école. En effet, il faut se battre, ce qui est déplorable.
Je lis votre blog depuis quelques temps et j'apprécie votre franchise. J'ai un enfant à "défis particuliers" qui a un parcours scolaire tumultueux. J'ai eu la chance d'obtenir rapidement des services pour notre fils, mais au prix de dures batailles. À un moment, je me suis dit que c'était peine perdue. En vous lisant, je réalise que les enseignants ont peu d'écoute et de ressources, mais aussi un grand coeur. Clairement, la situation dans laquelle vous vous trouvez n'est pas des plus facile, mais je vous remercie d'être honnête et de permettre à des parents comme moi de croire qu'il y a des enseignants impliqués qui ne laissent pas tomber leurs élèves...malgré l'adversité.
Michelle
Maman d'Alexandre, 6 ans, -4 dents et qui chemine dans l'univers scolaire malgré les défis.
Ce doit être bien frustrant de ne pas se savoir appuyée.
Je trouve ça super intelligent et prudent de faire des copies de toutes les demandes. Bonne façon de monter un dossier. Ça paraït que vous avez de l'expérience et de l'organisation.Pour ce qui est des signalements, parfois c'est ce qu'il faut pour que les choses bougent. Ne pas s'inquiéter qu'on enlève l'enfant à sa famille, ça ne se produit que dans les cas extrêmes. Mais souvent le signalement est la seule mesure qui marche pour que la famille en reçoive de l'aide. La direction de l'école devrait en effet vous appuyer davantage. Des enfants négligés, troublés, maltraités sont incapables d'apprendre, alors leurs conditions de vie vous concernent. Mais vous le savez.
Lourde tâche que l'enseignement car le signalement d'un enfant à risques n'est pas optionnel mais légalement obligatoire dans votre cas. Vous pourriez être poursuivie pour avoir omis de signaler, jamais pour avoir fait de bonne foi un signalement qui se révélerait sans fondements.
Moi, en tant que simple citoyenne, je n'ai l'obligation légale de signalement qu'en cas d'abus sexuel ou physique, mais vous, c'est dans tous les cas suspicieux.
"Un professionnel, tel un médecin, un professeur ou un éducateur dans un service de garde, qui apprend, dans le cadre de ses activités professionnelles, que la sécurité ou le développement d'un enfant est peut-être compromis pour quelque raison que ce soit est obligé de faire un signalement."
educaloi.qc.ca
Le "peut-être" est un élément important du texte de loi. En cas de doutes, il faut signaler.
J'aime bien les courriels, parce que la section CC permet aussi de passer un message au destinataire principal en lui faisant savoir qu'une autre personne a aussi été mise au courant.
C'est surtout utile, quand on met en CC une personne qui a un rôle hiérarchique plus élevé que le destinataire principal.
Si c'est un superviseur que l'on veut aviser, on met le Directeur en CC. Si c'est le responsable de l'entretien, même chose, c'est le Directeur d'école qui serait en CC.
Si dans ton cas, c'est un directeur qui ne fait rien dans le dossier, ça pourrait être une bonne idée de mettre le responsable de la Commission Scolaire en CC.
C'est une façon de faire bouger les choses que j'utilise lorsque les dossiers n'avancent pas.
Quand un préposé à la clientèle ne semble pas en mesure de régler un problème (j'ai eu un cas récemment avec Rogers), je demande le nom du prépose ainsi que celui de son superviseur. Juste ça, suffit à changer l'attitude du préposé.
Parfois, les gens ne peuvent rien faire eux-même, mais il y a généralement quelqu'un qui a le pouvoir d'agir, en autant qu'il soit mis au courant de la situation.
Isabelle : Je ne sais pas si elle n'essaie pas elle aussi, on a tant de cas à l'école, ça saute partout alors des cas plus subtils sont oubliés plus souvent.
Maman : Ah, merci! Je lève mon chapeau aux enseignants où je travaille. Je pense que ceux qui ont renoncé c'est surtout par désillusion ou par grande fatigue, malheureusement. Mais enseigner demande d'aimer les enfants et souvent ça implique vouloir le mieux pour eux. De plus, lorsqu'ils reçoivent des services, ça bénéficie à nous aussi!!!
Dans mon milieu, les parents ne sont pas nécessairement impliqués. Je pense que si certains insistaient plus, ça finirait par avoir plus d'impact.
Solange : C'est surtout frustrant de voir l'élève qui a besoin d'aide...
Femme Libre : Oui, je sais tout ça, mais je suis certaine que vous savez aussi que ne saute pas sur le téléphone à chaque inquiétude. La plupart des signalements ne sont pas retenus et restent 6 mois dans le dossier....
Pierre : Oui, c'est vrai que c'est un autre moyen. POurquoi pas?
C'et vrai. Mais en cas de doutes,une fois le signalement fait,l'issue de ce signalement n'est plus de votre ressort. Votre part a été faite. Si le signalement n'est pas retenu, vous n'êtes plus en cause, vous n'avez plus à vous "battre contre votre conscience et vctre culpabilité" ce n'est pas vous qui aurez laissé tomber cet élève. Il faut prendre sa part de responsabilité à soi, pas celle des autres. 50% des signalements sont retenus, ce n'est pas parce que l'autre moitié n'est pas retenue qu'il ne faut pas en faire. Il y a des gens compétents et d'autres incompétents partout. Ne pas présumer que toute démarche est inutile, sinon c'est la route vers le désespoir.
Ce n'était pas du tout dans ce sens que je laissais le commentaire... Je suis d'accord avec ce que vous dites et je sais que je dois prendre ma responsabilité.
Si je ressens parfois une fatigue face à tout ça, je ne demeure pas moins persuadée que c'est essentiel.
Pas facile de devoir se battre pour faire son travail, pour le bien des élèves, etc. Pas facile non plus de vivre avec la culpabilité ni l'inquiétude. On sent qu'ils ont besoin de vous, ces élèves. Et ils ont aussi besoin que vous agissiez comme vous le faites. Courage pour le restant de l'année.
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